
Le terme de « valorisation énergétique des déchets » est généralement employé lorsqu’il y a récupération de l’énergie produite à l’issue du traitement des déchets (par opposition à la valorisation matière - recyclage, compostage etc.). Il convient cependant de distinguer les traitements dont l’objectif premier est de produire de l’énergie, comme la méthanisation des déchets organiques, de ceux dont ce n’est qu’un objectif secondaire et non obligatoire, comme la mise en décharge et l’incinération. Dans ce dernier cas, le terme de « valorisation » constitue avant tout une caution verte et permet d’éviter soigneusement l’usage des mots appropriés (« mise en décharge » ou « incinération »).

Cette nouvelle sémantique a notamment été développée par les industriels du déchet, pour tenter de palier à la mauvaise image de l’incinération, à la suite des scandales de contamination à la dioxine de la fin des années 1990. Grâce à la « valorisation énergétique » de nos déchets, les pro-incinération ont ainsi tenté de se refaire une virginité verte, troquant l’appellation « incinérateur », connotée négativement, contre celle, positive et d’apparence écolo, de « centre de valorisation énergétique » ou d’« unité de valorisation énergétique ». Pourtant, le procédé et l’esprit restent les mêmes : incinérer des déchets en majorité compostables/méthanisables ou recyclables, mais avec une excuse supplémentaire, celle de produire de l’énergie. Grâce à leur travail de lobbying, les industriels de l’incinération ont même réussi à faire introduire dans la loi une distinction entre « valorisation énergétique » et « élimination » des déchets, en créant un statut privilégié pour certaines installations faisant de la récupération de chaleur ou produisant de l’électricité. Ce statut leur permet ainsi de bénéficier de subventions et d’avantages fiscaux masquant la réalité du coût environnemental réel de l’incinération. Les pouvoirs publics, par le biais d’Eco-Emballages, soutiennent même financièrement la « valorisation énergétique des emballages » plastiques (sous-entendu leur incinération), malgré le bilan nettement plus positif écologiquement et économiquement de leur recyclage.
Le leurre de la valorisation énergétique par incinération piège encore trop de collectivités : il est urgent d’en sortir pour que les politiques de réduction à la source et de développement des traitements alternatifs prennent enfin leur envol.