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Décharges
de responsabilité!
La réduction des déchets à la source, la récupération
des matériaux et l’information du public, annoncées
par la loi du 13 juillet 1992, sont demeurées
des vœux pieux. La loi fixait ainsi qu’au 1er
juillet 2002, la mise en décharge soit limitée
aux « déchets ultimes », c’est-à-dire « qui ne
sont plus susceptibles d'être traités dans les
conditions techniques et économiques du moment,
notamment par extraction de la part valorisable
ou par réduction de leur caractère polluant ou
dangereux ». Nous sommes là devant un cas d’école
de subordination de la loi à l’économie. Les conditions
du moment veulent que plus de la moitié des déchets
ménagers et assimilés (DMA) soient encore mis
en décharge.
Les conditions du moment ont certes changé le
look des décharges : il conviendrait de les appeler
« centres d’enfouissement technique » (CET), voire
de « stockage des déchets ultimes » (CSDU), pour
donner un peu de crédibilité à nos gestionnaires.
Ceux-ci se vantent de fermer des petits centres
non conformes, décharges brutes (gérées par les
communes sans autorisation préfectorale) et décharges
sauvages. Hors, non seulement l’efficacité de
ce programme est toute relative (de l’aveu des
différents services de l’Etat, le recensement
même des décharges n’est pas complet, loin s’en
faut) mais les quantités enfouies dans ces petites
décharges sont négligeables. En effet, plus de
90% des DMA enfouis en 2002 ont été reçus dans
208 gros CET de classe 2, d’une capacité supérieure
à 20000 tonnes par an.
Les conditions du moment, ce sont des réglementations
taillées sur mesure pour les grands groupes industriels,
en vue de la privatisation et la concentration
des décharges. Entre 1993 et 2002, la capacité
moyenne des CET accueillant des DMA a augmenté
de 68% ; entre 2000 et 2002, l’emploi dans les
CET a diminué de 23%, pour une quantité enfouie
égale. A cette date 87% des décharges sont exploités
par des groupes privés en délégation de service
public. Les mêmes industriels nous vendent des
incinérateurs et des mégadécharges, conçus pour
une rentabilité maximale et en pérorant sur le
respect des normes.
Trois critères appellent à une vigilance accrue
envers les mégadécharges actuellement en exploitation,
ainsi qu’à l’opposition à tout nouveau projet
de cette nature :
1) Surdimensionnement
des installations.
Les prescriptions techniques régissant les décharges
en font des installations industrielles nécessitant
des investissements et équipements lourds. Les
industriels privés en charge de leur maîtrise
d’ouvrage et/ou de leur exploitation ne s’intéressent
donc qu’à des installations rentables, c’est-à-dire
d’une capacité minimale d’environ 30000 tonnes
de déchets enfouis par an. De surcroît, ce critère
économique incite aux projets d’extension de décharges
existantes, ce qui accentue le phénomène de concentration
des installations.
Alors que la capacité moyenne des décharges à
maîtrise d’ouvrage publique (désormais minoritaires)
s’établit à 35000 tonnes, celle des décharges
à maîtrise d’ouvrage privée atteint 112000 tonnes.
Les plus grosses installations enfouissent plus
d’un million de tonnes de déchets chaque année.
Evidemment, de telles installations posent les
problèmes désormais bien connus du surdimensionnement
:
- déni des objectifs de prévention : les grosses
installations sont des appels de déchets ;
- allongement des transports et surproduction
de gaz à effet de serre ;
- complexification de la gestion des installations,
favorisant les fraudes et dysfonctionnements ;
- déni du principe de proximité.
2) Procédé
d’enfouissement : transformation de ressources
naturelles en pollution.
Les prescriptions techniques régissant les décharges
ne s’intéressent qu’au confinement des déchets
vis-à-vis du milieu extérieur, par la mise en
place de barrières destinées à prévenir la diffusion
d’effluents gazeux (biogaz) et liquides (lixiviats).
Nous ne disposons pas encore de garanties sur
l’efficacité de ces systèmes, si ce n’est sur
leur coût de plus en plus élevé pour les collectivités.
Dans leur principe, les barrières souterraines
ne suppriment pas les pollutions mais les diffèrent
simplement dans le temps.
Il n’existe en revanche pratiquement aucune prescription
sur le procédé d’enfouissement en lui-même. Celui-ci
consiste toujours à mélanger pêle-mêle des déchets
aux propriétés physico-chimiques très diverses,
ce qui créée les polluants et compromet toute
reprise ultérieure des matériaux. Sans contrainte,
on continue de mélanger aux autres déchets les
mâchefers d’incinération, diffuseurs de dioxine
et de métaux lourds, et les matières organiques
(fraction fermentescible des ordures ménagères,
boues de station d’épuration, en forte augmentation…)
alors que celles-ci sont responsables de la production
de polluants organiques, lixiviats et gaz toxiques.
La Directive européenne 1999/31/CE du 26 avril
1999 fixe une limitation chiffrée et progressive
des flux de déchets fermentescibles envoyés en
décharge, mais cette disposition n’a pas été retranscrite
dans le droit français.
3) Pollutions
diffuses et ignorées.
La réglementation sur les décharges ne s’intéresse
qu’à un nombre très limité de substances polluantes
au regard de toutes celles qui ont été caractérisées
par les études successives. De surcroît, elle
n’indique pas de restriction quantitative mais
seulement une obligation de surveillance, dont
l’appréhension est laissée à l’arbitrage des préfets.
Au delà de cette réglementation très limitée,
les connaissances scientifiques elles-mêmes sont
très lacunaires concernant les pollutions dûes
aux décharges :
- inventaire incomplet des polluants émis, aussi
bien dans l’atmosphère que dans les eaux souterraines
;
- dangerosité non quantifiée pour nombre de polluants
qui n’ont pas encore été étudiés ;
- méconnaissance des effets toxicologiques : bio-accumulation,
effets cocktails, reprotoxiques…
- méconnaissance des modes de dispersion et dissémination
dans l’environnement.
En outre, si les polluants chimiques et organiques
sont encore mal appréhendés, les « polluants écologiques
» sont tout bonnement ignorés : pollution bactériologique
des sols, impact des espèces invasives sur les
équilibres de la faune et de la flore.
Enfin, il faut constater que le droit à l’information
du public est le principe le plus méprisé en ce
qui concerne les décharges. Le CNIID appelle à
l’ingérence des citoyens et des associations dans
le suivi des décharges par tous les moyens légaux,
notamment par un fonctionnement réel des Commissions
locales d’information et de surveillance. Les
décharges sont des outils au service du public
et pas des multinationales !

Un
danger potentiel près de chez vous
Sous
les déchets, la nappe
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